"Connais-toi toi-même pour connaître ton orientation"

#Portrait du Mois

06 juin 2018

Nous sommes parties à la rencontre d’une jeune femme brillante, qui a pourtant décidé de changer de vie. Avocate, on pourrait se dire, quel métier de rêve ! Mais, semble t-il que la passion finit toujours par l’emporter. Portrait

#1 Moi avocate ? Jamais !

Je n’ai jamais voulu être avocate, en fait j’y avais même pas vraiment pensé, j’ai toujours voulu faire un métier où je n’allais pas m’ennuyer, aider les gens et sans patron. J’ai fait un bac Scientifique, plutôt parce que j’avais les notes correspondantes et que je visais tout de même des filières prestigieuses.

J’aimais beaucoup voyager, j’ai donc pensé à être diplomate, un rêve assez sérieux. J’ai été orienté vers un parcours à Science Po pour rentrer à l’ENA.

Seulement, j’ai complètement raté le concours et mon plan B était de m’inscrire donc en fac de Sciences politiques.

Ayant postulé un peu par hasard, j’ai été alors affecté à Paris 8. Du fait de la grande distance, j’ai écrit une lettre au rectorat en leur demandant de m’affecter où bon leur semblait. J’ai donc atterri en fac de droit à l’université de Nanterre.

#2 Le droit, quelle passion !

A 18 ans, il était clair pour moi que je n’allais pas faire un métier passion, je pensais plutôt à bien gagner ma vie. Être écrivaine ou dessinatrice, à l’époque, c’était plutôt un loisir. J’ai hésité entre les sciences (pour la découverte perpétuelle) ou être actrice dans la société.

Quand j’ai commencé la fac de droit, j’avais l’impression d’avoir tout raté, alors même que j’étais la première de ma famille à aller l’université.

Cependant, j’ai toujours aimé les challenges. Exemple, Ayant toujours attirée par les langues, la filière L, tout autant que le métier de traductrice me semblerait trop simple (sans dénigrer ce beau métier).

Comme je suis très idéaliste, j’ai décidé d’être avocate pour défendre des individus. En revanche, je ne m’imaginais pas encore plaider au tribunal, car j’ai toujours été très timide et réservée auparavant, je rougissais constamment. Du coup pour moi, être avocate induisait d’apprendre à parler devant un auditoire. Cela allait être difficile, et pourtant, je préférai avoir une orientation me permettant d’apprendre, sur moi-même entre autres, et d’évoluer.

#3 Le grand déclic

Le jour où je me suis mariée, je me suis dit « Maintenant je fais quoi ? ». Ça faisait 4 ans que j’étais en cabinet et j’avais l’impression que je n’avais plus rien à apprendre.

Au moment où j’ai commencé à me poser ces questions, je n’arrivais plus à travailler comme avant, j’étais beaucoup moins motivée. Ma seule obsession était de savoir ce que je voulais faire d’autre de ma vie. Alors, dès que j’ai une proposition de poste intéressante, j’ai quitté mon job en 2017 et je me suis donnée un an pour savoir ce que je voulais vraiment.

J’ai pu faire également un bilan de compétences pour m’aider à fixer mes priorités et mes aspirations même en ayant baigné pendant 10 ans dans le droit.

#4 Un sens pour ma vie

Je savais au moins ce que je détestais et qui m’indignait: l’intolérance envers la différence.

Mes activités quotidiennes elles-mêmes me plaisaient, surtout la plaidoirie, mais la finalité (j’étais spécialisée en droit des affaires) beaucoup moins. De plus, je me rends compte que je ne traitais que les problèmes des gens tandis que je préfère actuellement agir aujourd’hui de manière plus positive. Je pense quand même à reprendre mon métier un jour mais cette fois pour défendre des causes comme le racisme ou l’écologie, qui me tiennent beaucoup plus à cœur.

#5 Ce que je fais aujourd’hui

La semaine, je suis journaliste juridique, ce qui me permet de rester dans mon domaine et de payer mon loyer même si j’étais prête à tout quitter mais je n’étais pas toute seule à prendre la décision.

Je fais partie d’une association Utopia 56 qui gère l’Hébergement d’urgence pour les migrants, on héberge avec mon mari chaque semaine des migrants. Cela m’a permis de voir au-delà des images renvoyées, leur réalité.

L’écriture et le dessin, que je n’avais jamais considéré comme des passions, étaient en fait une partie de qui j’étais, que je redécouvre actuellement.

Après avoir démissionné,  je me suis inscrite à des cours de dessin. J’ai ouvert un blog, qui est un peu comme un journal intime (elle chante aussi mais elle n’a pas voulu approfondir ici, lol).

Aujourd’hui, je me projette dans les personnes qui ont réussi à être utile dans ce monde, et  je serai heureuse quand mes projets auront enfin abouti.

#6 Mon Frère, un modèle ou un rival?

Avec mon frère on a toujours été un peu rivaux. On a fait la plupart de nos activités extra-scolaires ensemble, sport, arts martiaux, musique. On se tirait l’un et l’autre, il ne fallait pas que l’un sache faire quelque chose de plus que l’autre. Sauf qu’après le bac je ne voulais vraiment pas poursuivre en école de commerce, ce que lui a fait.

Contrairement à lui, j’ai d’abord misé sur mon épanouissement personnel alors que lui a privilégié son épanouissement professionnel.

Lui, a tout quitté (son super poste à IBM) pour changer de vie, en allant vivre en Chine. Finalement, moi je l’ai fait 5 ans plus tard.

Je suis tout de même restée très proche de lui et lorsque j’ai quitté mon boulot il a été un des seuls à me comprendre et à me soutenir même si on était très éloigné.

#7 Bien gagner pour vivre, ou vivre pour bien gagner?

Dans mon ancienne vie, je rentrais le soir en taxi. Ce changement de train de vie m’a fait un peu bizarre mais ça m’a permis un retour à la normalité.

En tant qu’avocate, ce qui m’a rendu heureuse était de faire un travail qui payait et était apprécié et aussi d’avoir un cadre de travail dans lequel je ne m’ennuyais pas. Surtout avoir le salaire que je méritais. C’est la justice qui m’importait le plus, l’adéquation avec mes efforts plutôt que le montant lui-même du salaire.

Je ne me pose pas la question de ce dont j’ai besoin mais plutôt comment je peux être épanouie et être utile. C’est dans ce sens que je mets les relations humaines au centre de mes aspirations.

Mon objectif serait de créer et apporter quelque chose à ce monde, comme la plupart d’entre nous.

Lorsque l’on a plus d’attentes, on a plus de déception. Et c’est cela qui peut nous rendre malheureux.

#8 J’ai appris de moi-même

Même si les autres me donnaient l’impression que j’avais gâché mon temps en droit, j’étais persuadée de ne pas avoir perdu mon temps. Ma décision a pu même effrayer mon entourage vis-à-vis d’une remise en question.

J’ai pris conscience que j’étais déterminée et que je pouvais totalement avoir confiance en moi.

J’ai vu que le droit n’était pas pour moi une vocation. C’était pour moi un parcours assez long et compliqué. – Il faut savoir qu’une vraie sélection est faite en quatrième année sur dossier et donc la moitié des étudiants se retrouve sur le carreau alors qu’il faut le Master 2 pour trouver un travail aujourd’hui. – Puis passer le barreau aussi a été une épreuve pour moi. Malgré cela, tout s’est bien déroulé. Même si j’ai longtemps manifesté les symptômes du syndrome de l’imposteur jusqu’à très récemment.

Du coup, tout abandonner m’a donné le vertige. Cela sous-entendait la radiation du barreau. Je savais pertinemment qu’annoncer ma démission à la RH allait tout bouleverser pour moi.

Après cela, j’ai réalisé que ce dont j’avais peur était ce que j’aimais et ça m’a donné l’impression de vraiment pouvoir tout faire.

#9 Back to Me

Mes parents eux-mêmes réfugiés (du Laos mais d’origine vietnamienne et chinoise) , ont été accueillis et dans le cas contraire je n’aurais pas existé. Je pense donc que je me sens beaucoup voire même plus concernée.

Nous avons chacun une personnalité et des envies et lorsque l’on est enfant on agit sans se poser de question. En grandissant ça se complique donc pour moi le but était de me retrouver en enlevant les couches superficielles pour redevenir moi-même.

On m’a beaucoup dit « tu rêves, mais ce n’est pas la réalité ». Pourtant, j’ai compris que tu peux faire ce que tu veux si tu veux et ce, peu importe l’âge, il n’est jamais trop tard.

Même  avec des rêves, il faut rester pragmatique et s’organiser malgré tout (le tableau Excel est très efficace pour ça) car notre bonheur en dépend. Un conseil: si tu as des passions passe à l’action pour les réaliser. Donne un sens à ce que tu fais !

Si comme nous, tu souhaites suivre les aventures de Mélanie, here you go: https://www.meltingpotlepodcast.com/

Sarah

#ENJAILLEMENT #PURPOSEFORLIFE #TRAVELER

« Rêver grand, commencer petit » Nadine Hanafi

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